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Le RAC zéro comportemental

07.02.2018 par SFCD

Le « zéro reste à charge comportemental » se développe sur les écrans radars des propositions faites par la profession.
Idée intéressante, appliquée avec succès en Suède notamment, qui consiste à mieux prendre en charge un patient « vertueux » dans son comportement (alimentaire, hygiène bucco-dentaire, respect des visites de contrôle obligatoire chez son chirurgien-dentiste).
Malheureusement, le changement de paradigme de l’impact environnemental sur la santé remet en question la pertinence de cette disposition, si elle devait rester isolée.
 

Le MIH (hypominéralisation des molaires et des incisives) nous en donne une excellente preuve.
Cette maladie inconnue il y a 30 ans, est décrite pour la première fois dans la littérature scientifique en 2001.
En 2013, elle touchait au niveau mondial, 15% à 18% des enfants de 6 à 9 ans.
En 2018, dans beaucoup de cabinets, c’est pratiquement un enfant sur deux que l’on voit atteint de cette pathologie.
Dents douloureuses, se cariant très rapidement, difficiles à anesthésier, difficiles à protéger (par difficulté d’adhérence de nos matériaux) finissant avec une bio et couronne, ou une extraction et mésialisation des 7 par traitement orthodontique : nous connaissons bien le tableau clinique maintenant.
En 2013, une équipe de recherche française (Sylvie BABAJKO et Katia GEDEON, de l’INSER) fait la preuve du lien entre le MIH et une contamination au bisphénol A, perturbateur endocrinien. C’est une première mondiale !
Le BPA étant partout dans l’environnement (même s’il est interdit dans les biberons et contenants alimentaires en France depuis 2015) : les cosmétiques et produits d’entretien, les pesticides, les médicaments (dont certains de nos matériaux), les anti-adhésifs dans les poêles…..Impossible d’y échapper.
Le MIH ne dépend donc pas du comportement de l’enfant atteint, mais de l’environnement général.
C’est donc à une responsabilisation comportementale des industriels et des politiques qu’il faut appeler simultanément aux côtés de la responsabilité comportementales des patients.
C’est possible, puisque des alternatives industrielles existent, même si elles sont encore peu nombreuses. Quant aux politiques, certaines villes se sont engagées pour être « sans perturbateurs endocriniens » (comme Paris), en écartant systématiquement des achats de la commune les produits d’entretien par exemple, qui contiennent des PE.
La prévention bucco-dentaire nécessite de passer à un niveau au-dessus : ne pas manger de sucre, se brosser les dents et faire sa visite de contrôle chaque année ne suffit plus.
La santé publique bucco-dentaire est passée à une autre dimension : celle de la prévention environnementale.