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Une Maison Médicale pas comme les autres

14.12.2010

J’exerce depuis 18 ans dans une maison médicale pluridisciplinaire qui compte aujourd'hui 18 professionnels de santé….

La maison médicale pluridisciplinaire, que j’ai créée il y a 18 ans à Senones (Vosges) avec 3 médecins, regroupe aujourd’hui, après agrandissements successifs, 18 professionnels de santé libéraux : 5 médecins généralistes (qui ont des stagiaires toute l'année), 4 infirmiers, 3 chirurgiens-dentistes, 4 kinésithérapeutes, 1 podologue et 1 orthophoniste.
Nous n'avons jamais reçu d’aide d’aucune sorte pour la mettre en place et la développer. Les murs dans lesquels nous travaillons sont la propriété d’une SCI (société civile immobilière) constituée entre les quelques professionnels de santé à l’origine de la maison médicale. Chaque profession de santé travaille en groupe au sein d’une société civile professionnelle (SCP) ou société de fait (médecins) et met en commun les dossiers des patients. Entre groupements de professionnels de santé, nous fonctionnons en société civile de moyen (SCM).
Au départ, j’étais seule chirurgien-dentiste. Une consoeur m’a rejoint plus tard en tant que salariée puis elle est devenue mon associée en 2000. Son activité étant allégée pour pouvoir s’occuper de ses enfants encore petits, nous partagions nos honoraires en fonction du nombre des jours travaillés. Mais depuis l’année 2006, notre temps de travail est le même et nous partageons tout en deux parts égales, les honoraires comme les frais professionnels. Cela, même si nos exercices différent un peu puisque mon associée pratique des actes de chirurgie essentiellement «nomenclaturés» et donc peu rentables. La chirurgie fidélise nos patients, donne de l'aura au cabinet, et en réalité nous en bénéficions toutes deux. En fait, chacune fait pour l'autre ce qu'elle fait le mieux et c'est un plus pour nos patients.
Nous partageons beaucoup, mais chacune dispose de sa salle de soin, aménagée comme bon lui semble. J’estime ce lieu attitré et personnel important. Après tout, nous n’exerçons pas à l’hôpital, nous sommes des libéraux.

Un «système juste»…

La SCP que nous constituons à deux, recours à divers services proposés par la SCM comme, par exemple, le ménage et le secrétariat. Nous versons une redevance en fonction du temps qui nous est consacré et des surfaces allouées. En retour, c’est un vrai confort de bénéficier des services d’un secrétariat ouvert du lundi matin à 8 heures jusqu’à la fermeture de la maison médicale le samedi à 13H ! De la même façon, nous avons recours aux services d’une assistante à temps partiel employée par la SCM. Aujourd’hui elle s’occupe de la stérilisation chez les médecins, les infirmiers et les chirurgiens-dentistes. Et nous avons décidé de la former pour qu’elle puisse à l’avenir travailler aussi à quatre mains avec mon associée pour la partie chirurgie de son activité. Nous partageons aussi les services de la directrice de la maison médicale. Cette ancienne assistante de direction assure aujourd’hui la gestion du personnel de la maison et des comptes de la SCM. Les médecins et les chirurgiens-dentistes lui ont aussi délégué leurs comptes et leurs déclarations d’impôt.
Le système de redevance versé par chaque groupement de professionnels en fonction de l’utilisation des services de la maison médicale, donne beaucoup de souplesse et me semble très juste. Mais il faut de l’organisation. C’est la condition de réussite d’une SCM.

…Et précurseur

Les maisons de santé pluridisciplinaires dont j’entends parler partagent généralement beaucoup moins de services que nous. Nombreux sont les professionnels qui conservent leur propre secrétariat. On m’avait d’ailleurs beaucoup mise en garde contre ce type d’association, en particulier des membres du conseil de l’ordre. Aujourd’hui, les mentalités ont évolué et certains reconnaissent que je suis précurseur et que ce type de structure est appelé à se développer. Je suis persuadée qu’il est l’avenir de nos professions libérales. La traçabilité, la radioprotection, l’hygiène… sont des exigences trop difficiles à tenir seuls. Nous devons nous regrouper. Et ce regroupement incite à progresser. Par exemple nous avons mis en place dans la maison «un ménage médical» qui sera plus satisfaisant que le ménage classique en terme d’hygiène.

«Soigner la personne»

Mais surtout, la maison pluridisciplinaire apporte une très grande    richesse au niveau professionnel. Elle nous oblige à élargir notre façon    d’envisager le cas de chaque patient. Nous ne soignons plus seulement le     problème dentaire nous sommes des soignants de la personne dans son    ensemble. Nous devons prendre en compte ses problèmes généraux. J’ai soigné  pendant des années un patient hémophile qui était suivi par un médecin de la maison médicale. Je me suis formée bien sur. Mais je n’aurais jamais pris le risque de faire les soins si les médecins n’étaient pas dans les mêmes murs. Autre  exemple, depuis plus de dix ans, nous n’arrêtons plus les anti-coagulants de nos patients sous traitement. C’est possible parce que les médecins soutiennent notre démarche.

La prévention à l’hôpital

Nous avons aussi développé des liens avec l'Etablissement hospitalié de personnes agées dépendante (EHPAD) grâce au médecin gérant de la maison médicale qui est aussi gériatre et médecin coordinateur de l'hôpital de Senones. Travailler ensemble a permis de nous sensibiliser mutuellement aux problèmes dentaires des personnes vivant en institution et de faire de la prévention dans les EHPAD. Deux thèses ont été menées avec des étudiants de la faculté dentaire de Nancy sur la formation d’aide soignant pour l’hygiène bucco-dentaire des personnes hébergées dans les EHPAD et sur l’utilité du recours à un chirurgien-dentiste vacataire dans ces maisons une demi journée par semaine ou tous les 15 jours. Nous espérons beaucoup que ces thèses auront des répercussions au niveau national.

Préparer sa sortie

Notre grande victoire est d’attirer de nouvelles installations alors qu’autour de nous les cabinets ferment. C’est vrai chez les médecins qui ont toujours des stagiaires et dont l’un d’entre eux vient de s’installer avec nous, mais aussi dans notre discipline. Trois cabinets ont fermé dans les Vosges au mois de décembre sans trouver de successeur. Et pourtant il y a eu trois installations : dans un cabinet de groupe, dans un cabinet mutualiste et chez nous. Mon ancienne stagiaire nous a rejoint comme jeune collaboratrice libérale, avant de s’associer si notre mode de fonctionnement lui convient.
Pour conclure, je suis une inconditionnelle de la maison médicale. Je me sens libérale. Je choisis mes horaires, mon matériel et ma façon de travailler ; mais j’ai aussi choisi une structure rassurante qui me permet de travailler et évoluer comme je ne l’aurais jamais fait dans un cabinet classique et de préparer ma sortie quand je quitterai le métier. Enfin, contrairement à l’idée répandue, les risques dans une telle structure ne sont pas si élevés si l’on prévoit le pire et la façon dont on peut s’en sortir.