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Le stress et nous

21.09.2010

Le stress: impression ou réalité ?

Une notion floue

Aujourd'hui, le stress reste encore une notion floue, qui cache un phénomène qui relève à la fois du biologique, du psychologique et du social.

C'est à Hans SELYE, dans les années 30, que l'on doit son entrée dans la vie quotidienne. II compare notre cerveau à une banque munie d'un système d'alarme relié à un poste de police. Quelque soit le mode d'effraction utilisé pour pénétrer dans la banque, l'alarme sera déclenchée et entraînera l'intervention de la police qui serait l'équivalent de notre réponse biologique. D'où sa définition du mot stress :  réponse de l'organisme consécutive à toute demande ou sollicitation exercée sur cet organisme.

D'une façon générale, le stress peut être provoque par la nécessité de s'adapter physiquement, mentalement et émotionnellement à un changement ou à un autre individu. Ce formidable processus d'adaptation nous permet de nous sentir vivant et de réagir aux innombrables stimulations qui nous entourent. Vivre c'est s'adapter, changer, se confronter en permanence !

Cependant, lorsque les pressions, les changements deviennent excessifs ou qu'ils influent négativement notre vie, cette capacité d'adaptation peut se trouver en défaut. Or, toute pression, tout changement sont facteurs de stress. Notre corps réagit, s'adapte ou non !

D'ailleurs, d'une façon familière, nous entendons souvent des personnes exprimer leurs difficultés en utilisant des expressions qui ont trait au corps :
« J'en ai plein le dos »
« ça me mine »
« ça me donne des boutons »
« Je me fais du mauvais sang »
« ça me prend la tête »
« ça me reste sur l'estomac »

...Des mots pour dire nos maux !

Savoir gérer son stress est une fameuse façon d'apprendre à développer ses capacités de travail, de rela-tionnel, pour un meilleur confort personnel. Mieux on connaît son ennemi, mieux on se défend ! L' étape essentielle consiste à identifier les différentes sources de stress et reconnaître les situations professionnelles où il est le plus présent. Le travail est une sollicitation, donc un stress. Votre milieu professionnel offre un large terrain aux sources du stress.

Quelques exemples :
• Obligation de résultats,
• accumulation de cas difficiles dans la journée,
• absence de communication dans une équipe,
• conflit avec le patient,
• surcharge de travail,
• poids de l'administratif,
• problèmes personnels.

Le culte de l'urgence qui met l'individu sous pression temporelle permanente.
Et beaucoup d'autres... !

II convient de prendre en compte les signes visibles émanant de ces facteurs de stress :

La précipitation : tout le monde court dans tous les sens ce qui accentue l'impatience de celui qui est sous son emprise et par là même son irritabilité. II y a souvent confusion entre urgence et importance. De plus sur le plan relationnel, la précipitation favorise les conflits, les malentendus et les colères.

L'agressivité : c'est une réaction au sentiment d'insécurité ou de danger. Elle s'extériorise plus ou moins en fonction du degré de contrôle que chacun a sur soi. II arrive que l'agressivité soit très intériorisée et se manifeste sur le mode de la colère contenue : ton sec, lèvres serrées, visage fermé... Si elle est extériorisée elle se manifeste par des claquements de portes, des cris, des soupirs excédés, des regards ironiques...

Le repli et l'évitement : c'est la tendance à se désinvestir, à s'isoler et à prendre du recul qui aboutit à des arrêts de maladie à répétition. Cela évoque une tendance dépressive, immobiliste qui peut aller jusqu'au suicide...

La réceptivité au stress varie selon l'individu, son environnement, son milieu familial, son passé et son terrain biologique. Toutefois sur le plan physiologique les sensations sont les mêmes : oppression dans la poitrine, noeud à l'estomac, sueurs, accélération du rythme cardiaque, rougeurs, pâleur, tremblements, fébrilité...

Le stress à grosse dose peut provoquer des troubles de la mémoire, du sommeil, des migraines, des problèmes digestifs, des crampes. Les émotions submergent l'individu qui perd confiance en lui, qui perd également son sens de l'humour.

Cela facilite l'isolement, le désintérêt et une infinie souffrance.

Marie José AUSSONNE


Alors que faire ?

II faut tenter d'appliquer des méthodes tout en sachant qu'une méthode c'est comme une rampe d'escalier, ça ne monte pas à notre place, mais ça aide !
Adopter des techniques préventives visant à préparer la machine humaine : préserver le sommeil, faire du sport, éviter les excitants, améliorer ses habitudes alimentaires. Éviter l'immersion complète et permanente dans l'univers du travail. Construire un équilibre qui repose sur plusieurs pieds. Les investissements sont ainsi mieux répartis : en cas de défaillance de l'un, les autres jouent un rôle d'amortisseur.

Dans la vie de tous les jours, privilégier l'humour et le rire. Pratiquer la relaxation. Bien gérer son temps et ne pas se laisser déborder par les autres. Développer son réseau relationnel. Se faire plaisir sans culpabiliser, se ménager des escapades entre amis, seul ou à deux. Revenir à l'essentiel : hiérarchiser ses priorités de vie. Réapprendre à dire non !

En conclusion : Sommes-nous plus stressés qu'autrefois ? Personne ne peut le dire de façon sûre, nous n'avons pas de comparaison. Ce qui est certain c'est que l'accélération des mutations du monde, les sollicitations permanentes, les responsabilités, nous obligent à nous adapter beaucoup plus vite que par le passé et que chacun développe des trésors d'ingéniosité pour masquer les effets du stress. C'est encore un sujet tabou !


MALAISE, MECONTENTEMMENT, STRESS AU TRAVAIL

1/ Les relations humaines en question, parlons-en !

Dans un rapport de Février 2007, sur la santé et la sécurité au travail, la Commission européenne souligne que la souffrance au travail est un problème prioritaire, et alerte sur l'ampleur grandissante du mal-être.

« Les problèmes liés à une mauvaise santé mentale constituent la quatrième cause la plus fréquente d'incapacité au travail. L'OMS estime que, d'ici 2020, la dépression deviendra la principale cause d'incapacité de travail».

Travailler c'est mettre plusieurs personnes en contact quotidiennement. Chaque individu est différent par sa culture, son éducation, ses ambitions personnelles, son ouverture d'esprit, son sens de l'intégration. Travailler harmonieusement ensemble, suppose et impose une fameuse dose de tolérance, de neutralité et d'empathie.
Au travail, chacun souhaite s'épanouir, se réaliser, avoir des activités à la fois enrichissantes et diversifies correspondant à ses aspirations profondes. Le travail doit être épanouissant : on n'accepte plus de perdre sa vie en la gagnant ! Mais il y a un décalage permanent entre ses idéaux et la réalité.
Dans une équipe, les contraintes d'efficacité, de disponibilité, suppose l'implication, la mobilisation de tous et de chacun.

Qu'est-ce que l'équipe dans un cabinet dentaire ?
Trois éléments sont à considérer : le chirurgien dentiste, l'assistante, sans oublier le patient.

Le chirurgien dentiste patron :

II dirige, il organise, il communique, il tranche. Aujourd'hui, il doit valoriser l'écoute, le dialogue et la concertation plutôt que l'autorité et la contrainte. II devient, en fait, un manager de proximité qui réclame l'implication de ses collaborateurs et non plus leur soumission. Nombre de managers de proximité se trouvent coincés entre deux impératifs qui peuvent paraître contradictoires : l'efficacité et les bonnes relations humaines. La tâche est d'autant moins aisée que la plupart des managers formés aux compétences techniques, ne sont pas préparés à la difficile tâche de gérer des problèmes humains. Et pourtant, un collaborateur en bonne santé mentale sera un collaborateur efficace !

L'assistante dentaire :

Elle est le liant entre le patient, le dentiste et... le fauteuil !
Elle doit posséder des qualités relationnelles et des compétences techniques, être disponible, aimable, efficace, compréhensive, faire preuve en même temps de souplesse et de fermeté, être réactive, laisser au vestiaire ses soucis personnels.


Mais, elle, que demande-t-elle en retour ? De quoi a-t-elle besoin pour être bien dans son métier? Qu'est-ce qui la motive vraiment ?

Premier besoin : la considération.

Considérer quelqu'un c'est attacher de l'importance à sa personne, c'est lui donner des signes de reconnaissance. L'individu est très attaché aux signes de reconnaissance, sans eux il perd le sens de sa valeur et éprouve un lancinant sentiment d'injustice et de frustration.
Quels peuvent être ces signes de reconnaissance ? Quelques mots échangés avant de commencer la journée, un regard bienveillant, un sourire, un encouragement, une appréciation positive sur son travail..

Deuxième besoin : Communiquer, échanger, expliquer, mettre à plat les difficultés en toute confiance, sereinement.

Rien n'est pire que les non-dits, ils empoisonnent la vie de tout le monde et plus le temps passe, plus ils prennent de l'importance. La parole est souvent libératrice !

Troisième besoin : des rôles et missions bien définis.

Savoir qui fait quoi, comment et quand est un appui nécessaire et prioritaire pour le bien-être de tous. Obéir à des normes, entrer dans un cadre, ne sont pas forcément des entraves à l'autonomie du collaborateur. Ils favorisent au contraire la cohérence de l'équipe, la fluidité des actes et une gestion du temps optimisée. Ils offrent également un sentiment de sécurité.

Ainsi, les trois besoins décrits accroissent la motivation et l'implication. Mais que se passe-t-il, lorsque ces besoins, en totalité ou partiellement, ne sont pas satisfaits ? Lorsque l'équilibre est rompu ?

Un mal-être s'installe, la confiance en soi s'effrite, l'énergie s'amenuise. Aller travailler devient une épreuve. Le stress se nourrit de tout cela ! Face à ces situations installées de mécontentement, de malaise, chacun de nous dispose d'un répertoire d'actions à peu près constant : partir, contester ou se soumettre.
La défection c'est, soit prendre le risque de quitter son emploi, soit, désabusé, « se désengager de l'intérieur», c'est à dire décrocher et faire uniquement acte de présence.
Certains y arrivent très bien ! (confortés par la lecture du best-seller de Corinne MAIER : « Bonjour paresse »)

La contestation c'est une stratégie de confrontation, le risque étant de tomber dans l'agressivité lorsque le vase est plein. Alors faites attention à votre vase, videz-le doucement de temps en temps. Souvenez-vous : si la parole libère, se taire enferme !
La soumission ou obéissance servile est contraire à notre culture démocratique et égalitaire. Elle ouvre la porte au harcèlement moral, brimades, vexations et annihile l'individu.

Le patient :

Une étude révèle que le nombre de salariés travaillant au contact du public ne cesse d'augmenter : 71 % (soit plus de deux salariés sur trois) contre 63% dix ans plus tôt.
Les relations sont plus tendues, le temps n'est plus au patient passif. II devient de plus en plus exigeant, il demande de plus en plus d'écoute, il négocie, il exige.
Les patients sont, eux aussi, des causes non négligeables de souffrance au travail. C'est là que la notion d'équipe solidaire prend toute son importance.

Devant toutes ces difficultés à vivre harmonieusement son métier, nous comprenons mieux le besoin de recourir à toutes les gammes de stratégie d'adaptation : gestion du stress, du temps, de la prise de parole, de la communication, de la gestion des conflits, visant à « réenchanter» le travail.

Marie Jo AUSSONNE

2/ Stress : une nouvelle obligation pour l'employeur !


L'accord national interprofessionnel (ANI) sur le stress au travail du 2 juillet 2008 transpose en droit français l'accord-cadre européen du 8 octobre 2004 sur le stress au travail qui initie une meilleure compréhension et une meilleure prévention de ce phénomène de société et d'entreprise. Cet accord à été étendu par l'arrêté du 23 avril 2009, ce qui le rend désormais obligatoire pour l'ensemble des entreprises, quel que soit le secteur d'activité et la taille.

Cette extension crée de nouvelles obligations à la charge de l'employeur.

Dans le cadre de l'ANI sur le stress au travail, les partenaires sociaux souhaitent concourir à la préservation de la santé des travailleurs par :

  1. - la mise en place d'une prévention efficace contre les problèmes générés par les facteurs de stress lies au travail ;
  2. - l'information et la formation de l'ensemble des acteurs de l'entreprise ;
  3. - la lutte contre les problèmes de stress au travail et la promotion de bonnes pratiques, notamment de dialogue dans l'entreprise et dans les modes organisationnels pour y faire face ;
  4. - la prise en compte de l'équilibre entre vie professionnelle, vie familiale et personnelle.

L' employeur doit prendre toutes mesures visant à prévenir et protéger la sécurité des salariés au regard du stress au travail. L'ANI précise que ces mesures incluent par exemple :

  1. - des mesures visant à améliorer l'organisation, les processus, les conditions et l'environnement de travail, à assurer un soutien adéquat de la direction aux personnes et aux équipes, à donner à tous les acteurs de l'entreprise des possibilités d'échanger à propos de leur travail, à assurer une bonne adéquation entre responsabilité et contrôle sur le travail, et des mesures de gestion et de communication visant à clarifier les objectifs de l'entreprise et le rôle de chaque travailleur ;
  2. - la formation de l'ensemble des acteurs de l'entreprise et en particulier de l'encadrement et de la direction afin de développer la prise de conscience et la compréhension du stress, de ses causes possibles, de la manière de le prévenir et d'y faire face ;
  3. - l'information et la consultation des travailleurs et/ou leurs représentants, conformément à la législation, aux conventions collectives et aux pratiques européennes et nationales.

Les employeurs doivent prendre, éventuellement en association avec le médecin du travail, les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Les mesures sont mises en oeuvre, sous la responsabilité de l'employeur, avec la participation et la collaboration des travailleurs et/ou de leurs représentants. Ainsi à défaut de prise de conscience et de mesures de prévention et de protection mise en place dans l'entreprise, l'employeur aura une responsabilité automatique ou accrue en cas de litiges.

Le stress n'est pas une maladie, mais une exposition prolongée au stress peut réduire l'efficacité au travail et causer des problèmes de santé.

II survient lors d'un déséquilibre entre la perception qu'une personne a des contraintes que son environnement lui impose et la perception qu'elle a de ses propres ressources pour y faire face. La personne peut gérer la pression à court terme, mais a de grandes difficultés face à une exposition prolongée ou répétée à ces pressions intenses. Attention, toute situation de stress n'est pas nécessairement liée au travail (ANI 2 juillet 2008, art. 3). Enfin, pour les partenaires sociaux, si le harcèlement et la violence au travail sont des facteurs de stress, ils ne doivent pas être confondus. Pour les juges français, le stress ne constitue pas non plus du harcèlement moral.

Pour lutter contre le stress, l'employeur peut appliquer une méthode en 4 étapes

Première étape : identifier le stress

L'employeur identifie le stress lié au travail en mettant en place différents indicateurs. II peut s'agir, par exemple (ANI du 2 juillet 2008, art. 4) :

  1. • de l'absentéisme et du turn-over ;
  2. • de l'existence de conflits personnels ou de plaintes des salariés ;
  3. • du taux de fréquence des accidents du travail ;
  4. • du nombre de visites spontanées auprès du médecin du travail.

L'augmentation significative de ces indicateurs peut révéler du stress au travail, tout comme des actes violents même peu nombreux.

Deuxième étape : analyser les causes du stress

Après avoir détecté le stress dans son entreprise, l'employeur doit en analyser les facteurs, à savoir :

  1. • l'organisation et les processus de travail (ex. : aménagement du temps de travail, dépassements excessifs et systématiques d'horaires, degré d'autonomie, mauvaise adéquation du travail à la capacité ou aux moyens mis à la disposition des salariés, charge de travail réelle manifestement excessive, objectifs disproportionnés ou mal définis, mise sous pression systématique) ;
  2. • les conditions et l'environnement de travail (ex. : exposition à un environnement agressif, à un comportement abusif, au bruit, à une promiscuité trop importante pouvant nuire à l'efficacité, à la chaleur) ;
  3. • la communication (ex. : incertitude quant à ce qui est attendu au travail, perspectives d'emploi, changement à venir, mauvaise communication concernant les orientations et les objectifs du cabinet, communication difficile entre les membres de l'équipe de soin).

Dans son analyse, l'employeur prend aussi en compte les facteurs subjectifs (ex. : pressions émotionnelles et sociales, impression de ne pas pouvoir faire face à la situation, perception d'un manque de soutien, difficulté de concilier vie personnelle et vie professionnelle) (ANI du 2 juillet 2008, art. 4).

Troisième étape : adopter les mesures nécessaires pour pallier le stress

Dès que l'employeur a identifié puis analysé un problème de stress au travail, c'est à lui de prendre les mesures pour le prévenir, l'éliminer ou à défaut le réduire (ANI du 2 juillet 2008, art. 5 et 6).

L'employeur peut, notamment, prendre des mesures visant à :

  1. • améliorer l'organisation, les processus et les conditions de travail ;
  2. • assurer un soutien adéquat de la direction aux salariés ;
  3. • donner à tous les acteurs de l'entreprise des possibilités d'échanger à propos de leur travail ;
  4. • assurer une bonne adéquation entre responsabilité et contrôle du travail.

II peut aussi prendre des mesures de gestion et de communication pour clarifier ses objectifs et le rôle de chacun. La lutte contre le stress passe aussi par l'information et la formation des salariés (en particulier de l'encadrement et de la direction) pour développer notamment leur compréhension du stress.

Quatrième étape : évaluer l'efficacité de son action

L'employeur évalue l'efficacité de ses mesures de lutte contre le stress en utilisant les mêmes indicateurs que dans l'étape d'identification.

Sylvie RATIER


 CADRE LEGAL

 L'accord européen sur Le stress du 8 octobre 2004

 • L' accord national interprofessionnel du 2 juillet 2008 fournit un cadre pour faire face aux problèmes de stress lié au travail.

 • L'arrêté d'extension du 23 avril 2009 rendant obligatoire l'Accord national sur le stress au travail du 2 juillet 2008

 • L' article L. 41 21 -1 du Code du travail, « l'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ».
L'accord prévoit que cette obligation couvre également les problèmes de stress au travail dans la mesure où ils présentent un risque pour la santé et la sécurité des travailleurs.