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Dépendance et plasticité cérébrale

16.02.2011

Qu’est-ce que la dépendance ?

La dernière définition date de 1994. On note trois symptômes comportementaux pour traduire la dépendance.


Pour les psychiatres, la dépendance est un mode d’utilisation inapproprié d’un produit, qui se traduit par des troubles physiques et psychiques :
            - une forte motivation pour la substance
            - une difficulté à réfréner sa recherche
            - un maintien de l’usage malgré les risques néfastes connus.

Parmi les usagers réguliers d’alcool, de tabac, de cocaïne, une minorité de 20 à 35% deviendra véritablement dépendante.
Nous ne sommes pas égaux face aux drogues. Cela se vérifie sur l’homme mais aussi sur les chats qui reniflent de l’herbe, la grive, le singe et l’éléphant qui mangent des fruits fermentés pourvoyeurs d’alcool, le renne qui broute des champignons hallucinogènes…

Les individus dépendants présentent une perte durable de leur plasticité cérébrale contrairement à ceux qui maîtrisent leur consommation.
Cette altération cérébrale entraînerait une consommation compulsive, donc irrépressible de recherche de drogue, même au point de se détruire.
La dépendance est une maladie du cerveau, et en cas de sevrage, 90% des individus rechutent. Il y a une grande similitude entre l’homme et le rat, uniquement 20% des individus développeront une toxicomanie.

On a constaté que la plasticité synaptique (qui est la réactivité des synapses à augmenter ou diminuer durablement après stimulation) est au centre des processus de mémorisation et qu’elle est déterminante pour une bonne adaptation de l’individu à son environnement.

Avec la dépendance, le comportement devient rigide en se focalisant sur la prise de drogue, d’où l’idée avancée d’un défaut de plasticité au sein du noyau accumbens (structure cérébrale profonde impliquée dans les mécanismes de récompense, qui est la cible principale de l’action des drogues).

Pour vérifier cette hypothèse on a fait sur des rats, des tests de plasticité synaptiques en stimulant les synapses. Selon leur capacité à augmenter ou ralentir leur réactivité, on parle de « potentialisation à long terme » ou de « LTD dépression à long terme ».

En 2006 il a été démontré qu’au bout de 7 jours de consommation, la capacité à produire une LTD était maintenue dans les noyaux accumbens de tous les rats.
Au bout de 18 jours, les synapses ne peuvent plus produire cette adaptation plastique quelque soit l’individu, mais après 50 jours les rats non dépendants ont regagné une certaine plasticité à produire une LTD.

On peut en déduire que la majorité des cerveaux pourrait s’adapter en produisant des adaptations biologiques, mais que le cerveau des futurs individus dépendants ne le pourrait pas, car le déficit de plasticité deviendrait chronique.

Une autre expérience, avec des conditions quotidiennes d’accès libre à la drogue. Au bout de 20, 30, 40 jours d’auto administration, tous les rats obtiennent des scores faibles pour les trois symptômes de dépendance, mais au bout de 50 à 70 jours                                           

                 - 17% sont devenus dépendants
                 - 41% n’ont aucun symptôme d’addiction
                - 42% présentent un comportement intermédiaire.

Comme chez l’homme, une proportion relativement faible de consommateurs réguliers devient dépendante.

La clé des thérapies ne se trouverait donc pas dans le cerveau des toxicomanes mais se trouverait dans le cerveau des usagers non dépendants qui sont capables de s’adapter aux effets de la drogue.
On espère ainsi trouver une molécule pour rétablir le mécanisme de résistance à la dépendance des personnes vulnérables.
 

D’après Véronique Deroche-Gamonet, Inserm de Bordeaux